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LE LANGAGE
BECKETT AURAIT 100 ANS : LE GÂCHIS
Francis RICARD AVANT-PROPOS La critique de l'oeuvre romanesque de Beckett ne date pas de longtemps. Pourtant une masse critique importante a déjà vu le jour et continue à s'enfler quantitativement. Le langage est l'aspect que retiennent surtout ceux qui analysent l'oeuvre de Beckett. Le mot est à la mode et il trouve là un terrain d'exercice particulièrement fécond. Pourtant, l'ensemble de ces travaux sur le langage de Beckett semble porter davantage sur le côté dogmatique de ses écrits que sur le langage même du texte. Il semble que toute analyse s'appuie sur la théorie du langage qui émerge tout au long de l'oeuvre de Beckett, plutôt que sur la façon dont les idées sont exposées. Beckett en tant qu'auteur pose des problèmes de langage : ou l'on ergote sur l'opinion de Beckett, ou l'on cherche à savoir, dans le détail, comment ces problèmes sont exprimés. Toute la question est là. Il faudrait ne pas s'en tenir aux signifiés de l'oeuvre et faire de Beckett un sociologue du langage en piquant çà et là quelques extraits de l'oeuvre qui sont de véritables exposés linguistiques, mais chercher, au niveau même des signifiants, l'essence des problèmes futurs. Avant l'exposé, avant le signifié, il y a un signifiant qui contient déjà en germe toute la pensée de l'auteur. C'est là qu'il nous faut chercher l'oeuvre de Beckett. Non pas ce qui est dit, mais comment cela est dit. Il nous faut distinguer le lien qui unit l'expression avec l'exprimé. Notre travail ne consiste donc pas à faire un exposé général sur le langage, mais plutôt à cataloguer, à expliquer et à peser un certain nombre de procédés qui créent l'oeuvre. Le critère majeur de cet examen est celui de la fréquence. Il s'agit de démasquer les "ficelles" de l'auteur, de les dénombrer. La marionnette qui s'agite devant nous, ne nous est pas inconnue, elle a pour nom langage, on peut en faire le tour. Ce qu'il nous faut découvrir, ce sont les moyens mis en oeuvre pour l'animer et le talent de l'animateur. Notre objectif doit être la fuite continuelle de la dissertation générale : ne pas prendre le texte de Beckett comme prétexte à une analyse des théories littéraires de l'auteur sur le langage, mais cerner cette technique particulière à chaque écrivain, ce qui fait d'un roman une oeuvre originale. Mieux, ne pas chercher à voir comment est dit ce qui est dit, ce qui serait un mouvement de recherche d'avant en arrière, mais au contraire partant des mots, tâcher de rejoindre ce qui est dit - Nous essayerons ainsi d'analyser les moyens mis en oeuvre pour créer cette sensation physique ou intellectuelle que l'on éprouve à la lecture des romans de Beckett, sensation qui est, pour le lecteur, première par rapport à la réflexion et à la perception de la pensée. Le malaise que l'on ressent lorsqu'on achève de lire un livre de Beckett, n'est pas uniquement l'effet de l'histoire racontée. L'art du conteur, sa façon de s'exprimer sont au service de cette histoire, ils lui donnent toute sa force et peut-être aussi tout son contenu. Nous considèrerons le texte comme un personnage qui ne s'exprimerait pas grâce à sa langue, mais grâce à son physique, à ses gestes, à ses tics. C'est ce gestuaire verbal qui doit être notre préoccupation. (Note du "cyber-moine" copiste : les noms de fichiers htm correspondent à la pagination originale du mémoire dactylographié.) |
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